Club Alpin Français - Grenoble

Historique du Club Alpin Français - Grenoble Isère

Philippe TRAYNARD (1916-2011)

Philippe Traynard est né le 25 novembre 1916 à Sommières dans le Gard et a passé son enfance à Marseille.

Normalien, Philippe Traynard est reçu premier à l’agrégation de physique-chimie en 1942. Après une thèse de doctorat d’État en chimie (1946), il obtient une bourse de recherche qui lui permet de passer trois ans en Suède.

Nommé professeur en octobre 1949, il opte pour un poste à l’Université de Grenoble. puis il se tourne vers les écoles d’ingénieur qui lui paraissent mieux adaptées à la préparation des étudiants à la vie active. Il enseigne à l’École française de papeterie, dont il devient directeur en 1971.

Il participe par ailleurs, aux côtés de Louis Néel (prix Nobel de physique 1970), à l’équipe fondatrice du centre d’études nucléaires de Grenoble(CENG) et à l’essor du pôle scientifique de Grenoble. Il y dirige le laboratoire de chimie sous rayonnement de 1956 à 1971. De 1971 jusqu’à son départ à la retraite en 1981, il enseigne à l’INPG, qu’il préside à partir de 1976.

Malgré ces multiples activités, Philippe Traynard s’est mis à pratiquer assidûment la montagne en arrivant à Grenoble.

Il publie avec son épouse trois topo-guides sur le ski de randonnée dans les Alpes, décrivant sur la base de leur expérience l’ascension de 306 sommets des Alpes françaises, et pilote un ouvrage collectif sur le ski de montagne.

Cette passion pour la montagne le conduit à exercer de nombreuses responsabilités : il est notamment président du Club alpin français(CAF) Isère de 1963 à 1971 puis de 1974 à 1978, vice-président du CAF national de 1966 à 1973, président de la Fédération Française de la montagne (FFM) de 1981 à 1985, président de l’Association pour l’étude de la neige et des avalanches (Anena) de 1978 à 1983.

Au sein de ces instances, il défend la liberté de pratique et même l’arrivée de nouvelles disciplines, telles que le ski-alpinisme de compétition.

C’est en tant que représentant du CAF qu’il entre en 1967 au conseil d’administration du parc national de la Vanoise, où il siège jusqu’en 1986. Très attaché à la mission des parcs de préserver certains espaces de tout aménagement destructeur, il s’implique fortement dans la vie du parc national.

Cette même année commence l’affaire de la Vanoise : le projet de promoteurs immobiliers de créer une station de sports d’hiver dans le vallon de Chavière, à l’intérieur du premier parc national français, suscite une extrême émotion dans les milieux naturalistes et est à l’origine du premier combat écologiste en France. Il jouera un rôle essentiel dans cette affaire jusqu’à ce que la décision d’abandonner le projet soit prise au plus haut niveau de l’État, en 1971.

Dans le même esprit de développement d’un tourisme respectueux de l’environnement, il est également le créateur avec Philippe Lamour et le soutien de la DATAR, de la Grande traversée des Alpes (GTA), empruntant le sentier du GR 5, du lac Léman à la Méditerranée. Il crée en 1970 l’association de la GTA, qu’il préside jusqu’en 1983.

Il a siégé à la Commission départementale des sites de l’Isère, où il s’est opposé à certains projets d’équipements tels que celui concernant les lacs Robert à Chamrousse. Toutefois, dans les divers conseils où il a siégé, il s’est toujours gardé de positions « excessives » conduisant à tout interdire.

Quelques mois avant qu’il disparaisse, Philippe Traynard se disait peu optimiste sur l’avenir de la protection de la nature et pensait que la croissance démographique rendrait inévitable le grignotage progressif des espaces naturels. Les bords de mer lui paraissaient avoir été irréversiblement saccagés. Il estimait, en revanche, que la montagne avait bénéficié d’une intervention précoce et organisée qui a permis de préserver une fraction significative de l’espace.

Son action personnelle, son énergie et sa détermination au service de la montagne alpine y ont sans nul doute contribué.

Extraits de l'article de Isabelle MAUZ paru le 12 janvier 2011 sur le site de l'AHPNE (Association pour l'Histoire de la Protection de la Nature et de l'Environnement).